Des rapports automatisés aux services clients pilotés par l’IA, l’intelligence artificielle gagne rapidement du terrain dans le monde du travail. Aujourd’hui, 68 % des cadres belges indiquent que leur entreprise utilise l’IA. C’est ce qui ressort de la récente étude European Digital Observatory*, réalisée par l’Institut Bona Fidé pour Inetum auprès de 2 400 dirigeants dans quatre pays européens, sur leur rapport à la technologie dans leur vie personnelle, leur environnement professionnel et leur rôle de citoyen.
Près d’un dirigeant belge sur deux s’attend à des pertes d’emplois liées à l’IA
Date de publication : 27/10/2026
Cette adoption rapide n’est toutefois pas exempte de tensions. Près de la moitié (48 %) des dirigeants belges s’attendent à ce que l’IA entraîne des suppressions nettes d’emplois dans leur secteur. Lorsqu’il s’agit de leur propre fonction, cette inquiétude est sensiblement moins forte : à peine un tiers (32 %) redoute d’être un jour remplacé par l’IA.
Dans les quatre pays européens interrogés, 37 % des dirigeants craignent que l’IA ne prenne leur poste à l’avenir. Si la France (38 %), l’Espagne (38 %) et le Portugal (41 %) dépassent tous cette moyenne européenne, les dirigeants belges se montrent nettement plus optimistes : avec 32 %, ils sont les moins préoccupés par leur propre position parmi les quatre pays.
Cependant, dès lors que l’on se place au niveau sectoriel, ce sentiment de confiance s’inverse. Près de la moitié (48 %) des cadres belges s’attendent à ce que l’adoption croissante de l’IA se fasse au détriment de l’emploi dans leur secteur. Dans un contexte européen plus large, l’optimisme belge reste néanmoins marqué : l’Espagne (55 %), la France (58 %) et surtout le Portugal (66 %) affichent des scores sensiblement plus élevés. Ce chiffre met toutefois en lumière un défi structurel : dans quelle mesure les entreprises sont-elles aujourd’hui préparées à la transition vers l’IA au sein de leur secteur ?
Une confiance dans l’IA qui n’est pas toujours transparente
Malgré ces préoccupations, les dirigeants belges se montrent largement positifs quant à l’impact de l’IA sur leur travail : 75 % estiment que l’IA accroît leur productivité et 64 % constatent une amélioration de leurs conditions de travail grâce à cette technologie. La confiance dans les résultats produits par l’IA est également élevée : huit dirigeants belges sur dix font confiance aux réponses fournies par l’IA générative dans un contexte professionnel.
Parallèlement, 18 % des dirigeants belges utilisent des outils ou logiciels qui ne sont pas officiellement approuvés par leur employeur. Près de la moitié (47 %) reconnaissent également utiliser secrètement l’IA au travail, sans en informer leurs collègues ou leur direction. Ces résultats soulignent le manque de cadres clairs et de connaissances autour de l’utilisation de l’IA au sein des organisations. Cette combinaison entre forte confiance, gains de productivité mesurables et usages « fantômes » confirme que l’adoption de l’IA ne stagne pas en raison de la technologie elle-même, mais plutôt en raison de la gouvernance d’entreprise.
La compréhension de l'IA, fondement du monde du travail de demain
Des politiques claires, un accompagnement continu et des formations à l’IA en entreprise sont essentiels pour exploiter pleinement le potentiel de cette technologie, sans éroder la confiance. Les dirigeants belges reconnaissent l’importance à long terme des compétences liées à l’IA : 66 % estiment que l’IA et les technologies numériques devraient être intégrées aux programmes scolaires dès l’enseignement primaire ou le début de l’enseignement secondaire, un chiffre proche de la moyenne européenne (65 %).
« La réussite ou l’échec de la transformation liée à l’IA dans les entreprises ne dépend pas de la technologie en soi, mais de la manière dont les organisations impliquent leurs collaborateurs dans une stratégie RH claire et applicable à l’ensemble du secteur », conclut Eva Monsaert, HR Director chez Inetum Belgique. « L’optimisme individuel ne suffit pas si la confiance collective fait défaut. Les dirigeants belges constatent déjà les avantages de l’IA, mais sans transparence, sans formation et sans une culture d’entreprise qui guide et encourage son utilisation, la transition reste fragile. L’IA n’est pas un facteur de suppression d’emplois, mais une transformation qui exige anticipation, requalification professionnelle et gestion responsable des effectifs. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons libérer tout le potentiel de l’IA sur le lieu de travail, tant pour ceux qui travaillent aujourd’hui que pour les talents de demain. »
*Méthodologie
L’Observatoire Tech & IA 2026 repose sur une enquête quantitative menée par Institut Bona Fidé pour Inetum auprès de 2 400 cadres et dirigeants dans quatre pays européens : France, Belgique, Espagne et Portugal, soit 600 répondants par pays.
La population interrogée correspond à des profils décisionnaires, directement concernés par les enjeux de transformation numérique et d’intelligence artificielle. En Belgique, l’étude s’appuie sur les groupes 1 et 2 de la nomenclature internationale ISCO 08, hors professions de l’enseignement.
La représentativité des échantillons nationaux a été assurée par la méthode des quotas, selon le genre, l’âge, la région, le secteur d’activité et la taille de l’entreprise. Ces quotas ont été construits à partir de sources statistiques officielles, notamment les instituts nationaux (INSEE, INE, Statbel), les projections Eurostat 2025 2026, les données de l’APEC et de la Labour Force Survey (LFS).
La collecte des données a été réalisée via un questionnaire auto administré en ligne, entre le 17 et le 26 mars 2026. L’ensemble de l’étude a été conduit dans le strict respect du code ICC/ESOMAR, garantissant la protection des répondants, la confidentialité des données et la transparence.